Les Rendez-vous de la Luzerne

JACQUES RICHARD

Peintre et écrivain bruxellois. Peintures récentes et portraits. Littérature :  "L'homme, peut-être", "Petit traître", "La Plage d'Oran".  Atelier à Bruxelles. Voir aussi : http://www.galeries.jrichard.be.

Les Rendez-vous de la Luzerne

Les

rendez-vous

de la

Luzerne

Les Rendez-vous de la Luzerne

proposent des rencontres d'artistes et d'écrivains connus et moins connus

dans la Maison Scutenaire qu'habitent aujourd'hui à Schaerbeek,

Pascale Toussaint et Jacques Richard.


Les rendez-vous de la Luzerne ne bénéficient d'aucun subside et ouvrent gratuitement leurs portes au public sur réservation uniquement.



Prochain rendez-vous le 25 janvier à 17 heures


La collection BELGIQUE(S) des édition Ker


avec

 Françoise Lalande

Jean Jauniaux

et leur éditeur

Xavier Vanvaerenbergh

UN BEL ARTICLE DE MICHEL TORREKENS

dans

LE CARNET ET LES INSTANTS



Portes et livres ouverts : les Rendez-vous de la Luzerne

De nombreux lieux présentent, font vivre et découvrir, l’œuvre d’auteurs belges. Des lieux essentiels puisqu’ils permettent de mettre un visage sur un nom et d’entendre l’écrivain s’exprimer en direct sur son travail. Pour ce numéro, nous allons nous installer confortablement dans le sofa d’un salon privé. Littéraire à plus d’un titre. Derrière un intitulé qui évoquerait davantage l’horticulture que la culture, les Rendez-vous de la Luzerne sont on ne peut plus littéraires.

Littéraire, d’abord parce que les hôtes sont eux-mêmes auteur et autrice belges : Pascale Toussaint et Jacques Richard ont signé plusieurs ouvrages dans des genres différents. La première, professeure de français, a publié des romans et une anthologie de littérature belge. Le second, artiste peintre, a illustré la couverture de certains de ses livres comme L’homme, peut-être et Scènes d’amour (éd. Zellige, coll. « Vents du Nord »). Les lieux ne sauraient mentir tant ils sont le reflet de la fibre artistique du couple, dans la vie et dans les lettres. Littéraire aussi, parce que l’animation de la soirée a été confiée à Jean-Claude Vantroyen, critique littéraire et responsable des pages « Livres » du Soir. Littéraire également parce que, dans le cercle des auditeurs présents ce soir-là, se trouvaient de nombreux écrivains comme Isabelle Wéry ou Claudine Tondreau ainsi que l’éditeur Pierre de Mûelenaere, qui a créé l’enseigne ONLiT, bannière sous laquelle Jacques Richard a publié ses deux derniers romans : Le carré des Allemands (d’abord édité à La Différence) et La femme qui chante. Littéraire bien sûr car l’invitée est une romancière singulière qui a trouvé auprès des éditions du Seuil une maison fidèle à son travail avec des romans comme Beau-fils, prix Rossel 2003, On ne va pas se quitter comme ça ?, Avec plaisir, François, ou le tout dernier : Partir avant la fin. Mais littéraire, surtout, par le lieu où se tiennent ces soirées littéraires : la Maison Louis Scutenaire, rue de la luzerne, 20 à 1030 Bruxelles !


Chez Louis Scutenaire et Irène Hamoir

Un lieu hautement signifiant qui explique le nom donné à ces rencontres ainsi que l’expliquent Jacques Richard et Pascale Toussaint : « Nous vivons dans la maison où Louis Scutenaire a passé la plus grande partie de sa vie. Nous en sommes les deuxièmes propriétaires. C’est donc une maison d’écrivains. Nous avions d’abord pensé au titre d’une photo où « Scut » est allongé en compagnie de Paul Colinet dans « notre » baignoire : « Les entretiens de la Luzerne, baignoire ». Le côté ouvertement surréaliste de la phrase nous a semblé un peu restrictif pour ce que nous voulions proposer et nous avons opté pour « Les Rendez-vous de la Luzerne ». » Passionnée par l’histoire des lieux, Pascale Toussaint leur a consacré en 2013 un roman intitulé J’habite la maison de Louis Scutenaire (éd. Weyrich, coll. « Plumes du coq »), construit comme un dialogue à travers le temps entre les occupants successifs de la maison schaerbeekoise. Les habitants, mais aussi des visiteurs prestigieux comme Paul et René Magritte, Paul Nougé, Camille Goemans, Jane Graverol, Marcel Lecomte, etc.

Habité par une sorte d’héritage spirituel et littéraire, le couple organisateur décide de reprendre une tradition qui fit les belles heures de la vie littéraire bruxelloise : « L’idée était de prolonger, de réactualiser les rencontres d’écrivains et d’artistes dont la maison de Louis Scutenaire a été le théâtre et d’organiser à notre tour des rencontres autour de la littérature et de la musique. Comme Louis Scutenaire et Irène Hamoir, nous sommes un couple d’écrivains. Particulièrement investis dans le monde de la littérature belge (NDLR : Pascale Toussaint est l’auteure d’une anthologie thématique de cinquante écrivains belges, C’est trop beau ! trop !, aux éditions Samsa, et Jacques Richard a été finaliste du Prix Rossel), nous aurions trouvé dommage, dans un tel contexte, de n’en rien partager. Nous avons donc décidé d’offrir ces « Rendez-vous de la Luzerne », gratuitement, au public. »


États amoureux et orgasmes

Alors que le jardin est illuminé par un prunus en fleurs, Ariane Lefort s’installe sur le divan vert bouteille du rez-de-chaussée, sous trois peintures monochromes entre gris clair et gris foncé. Jean-Claude Vantroyen la rejoint et nous voilà partis pour plus d’une heure d’un entretien en toute intimité durant lequel l’écrivaine aborde ses auteurs préférés comme Stefan Zweig ou Ian Mac Ewan, ses métiers comme celui d’enseignante, ses romans qui la suivent en âge, ses thèmes de prédilection comme l’état amoureux qui la fascinent à son commencement comme à son délitement, sa relation avec ses lecteurs comme ses fils, son professeur de français qui lui fit découvrir Proust, sa motivation à dénouer les nœuds de la vie par la littérature, son style sans graisses ni fioritures, qui exige un long travail de bénédictin, ses orgasmes (sic) dans l’écriture, ses prix comme le Rossel qui lui a apporté un sentiment de reconnaissance, sa participation depuis neuf ans au jury de ce prix, etc.

Rien de protocolaire ou d’académique dans ce va-et-vient de questions et de réponses qui s’appuie sur la connaissance approfondie que l’intervieweur a de l’œuvre et qui répond aux objectifs que poursuivent Jacques Richard et Pascale Toussaint en organisant ces rendez-vous : « Nous donnons à nos invités l’occasion de parler de leur travail, de le faire entendre, devant le public de plus en plus nombreux qui nous rejoint dans un cadre connoté culturellement mais convivial. Cela offre une proximité entre le public et le monde des arts et des lettres qu’on ne trouve pas ailleurs, dans des lieux plus commerciaux ou officiels. Les conversations à bâtons rompus, la rencontre de deux ou plusieurs intelligences, le style décontracté d’un modeste salon domestique permettent une familiarité avec le monde de la création, un abord simple et direct qui n’exclut pas la qualité. Nous choisissons avec l’invité celui qui mènera l’entretien. Nous laissons totalement carte blanche aux interlocuteurs en présence. Les entretiens sont ponctués de lectures ou de moments musicaux qui permettent une respiration et parfois une découverte de textes ou d’œuvres qu’on n’aurait peut-être pas l’occasion d’entendre autrement. La parole est donnée au public à la fin de l’entretien et le tout se prolonge autour d’un verre de vin. »


Pas une tour d’ivoire

Depuis octobre 2017, date de lancement de ces rendez-vous, la belle maison du 20, rue de la luzerne, a vu défiler entre ses murs Diana Gonnissen, soprano, accompagnée du pianiste Jean-Pierre Moemaers et Pascale Toussaint, Gérard Berréby, écrivain et éditeur français (Allia), à l’occasion de la parution d’œuvres de Paul Nougé et de Louis Scutenaire, son confrère des éditions Onlit, Pierre de Mûelenaere, accompagné de plusieurs écrivains publiés sous son enseigne : Véronique Janzyk, Marcel Sel, Antoine Boute, Luc Dupont, Alfredo Noriega et Jacques Richard, mais également Corinne Hoex, pour évoquer l’ensemble de son œuvre en tête-à-tête avec Jean-Baptiste Baronian, et la dernière en date : Ariane Le Fort. Autant de rencontres qui ont amené leur lot d’anecdotes mémorables comme, se souviennent Jacques Richard et Pascale Toussaint « l’émotion de Gérard Berréby revenant sur les lieux où il a rencontré Scutenaire quand il avait vingt ans. La façon dont il montrait du doigt les parties de notre séjour où Scutenaire et lui-même étaient placés quarante ans plus tôt, l’emplacement des Magritte aux murs, etc. » Ils évoquent également « Corinne Hoex bataillant pour reprendre la parole à un Jean-Baptiste Baronian si plein de son sujet (l’œuvre de Corinne) qu’il en oubliait celle dont il était question. La joute se terminant dans l’hilarité générale. » Ou encore le très convivial apéritif avec les auteurs des éditions Onlit « qui s’est poursuivi à la fortune du pot, assis en rond, jusque tard dans la soirée avec une partie du public ».

De nombreux invités parmi lesquels une majorité d’écrivains belges auxquels Jacques Richard et Pascale Toussaint portent une attention particulière : « Les gens que nous invitons sont jusqu’à présent des écrivains, éditeurs et artistes belges, ou ayant un lien avec le monde de la culture de Belgique. Connus ou moins connus. Nous sommes passionnés de littérature belge, qu’elle soit d’ordre patrimonial ou ancrée dans l’actualité. Mais il n’y a pas d’exclusive, la Belgique n’est pas une tour d’ivoire. »

Certes, la Belgique n’est pas une tour d’ivoire, mais suite à leurs lectures, leur propre travail d’écriture, leur présence dans diverses manifestations, leurs expériences professionnelles et les Rendez-vous de la Luzerne, Jacques Richard et Pascale Toussaint ont pu développer une vision personnelle de la littérature belge dont les caractéristiques principales seraient les suivantes : « Nous voyons la littérature belge comme très spécifique au sein de la francophonie. Elle est, comme on sait, issue d’une pensée originale à la charnière des sensibilités latine et germanique. Elle véhicule des modes d’expression d’une extrême richesse qui la distinguent clairement des autres. L’usage du français impose le rapprochement avec la littérature de France, mais c’est aussi ce qui permet de l’en mieux différencier. Écrire dans le français des Belges, c’est écrire en bon français, puisque c’est le nôtre. La littérature belge tend actuellement à accentuer ce qui la caractérise, à mieux définir les balises d’une autonomie qui la dégage de son image vieillotte de « petite sœur » des lettres françaises. Le réalisme magique, le fantastique, la poésie du quotidien, le goût des autres, l’amour d’une terre difficile, un humour fait d’autodérision et de bienveillance qui ne ressemble à aucun autre… Chaque lecteur, érudit ou non, complétera à sa guise. »


Michel Torrekens

En pratique

Les rendez-vous de la Luzerne
rue de la luzerne, 20 à 1030 Bruxelles

Article paru dans Le Carnet et les Instants n° 203 (juillet 2019)